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Circuit propre, circuit sale : signaler les flux

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La marche en avant est un principe d’organisation avant d’être un sujet de panneaux. Mais dans un bâtiment où les couloirs se croisent et où les équipes tournent, c’est la signalétique qui rend le principe applicable — ou qui laisse chacun l’interpréter à sa façon, ce qui revient à ne l’appliquer nulle part.

L’essentiel

  • Le principe est celui de la marche en avant : éviter que le sale croise ou remonte le propre.
  • Quand la séparation dans l’espace est impossible, on organise une séparation dans le temps.
  • La signalétique s’adresse d’abord aux personnes qui ne connaissent pas le circuit : remplaçants, prestataires, nuit.
  • Signaler les points de bascule — sas, portes, zones de transition — plus que les couloirs eux-mêmes.
  • Un code couleur dédié doit être compatible avec les codes déjà réservés : sécurité, zonage radiologique.

Ce que la marche en avant demande vraiment

Le principe est simple à énoncer : les flux propres et les flux sales ne doivent ni se croiser, ni emprunter le même chemin en sens inverse. Il concerne le linge, les repas, les dispositifs médicaux, les déchets, et dans une certaine mesure les personnes.

Sa mise en œuvre bute sur une réalité : peu de bâtiments existants ont été conçus pour cela. Les circuits doublés, les ascenseurs dédiés et les sas de transfert appartiennent aux constructions récentes. Ailleurs, on compose.

D’où une distinction utile : quand la séparation dans l’espace est impossible, on organise une séparation dans le temps — des horaires distincts pour les tournées, avec une remise en état entre deux passages. Cette solution est admise, mais elle repose entièrement sur le respect d’une procédure, donc sur son affichage et sa connaissance.

Signaler les bascules, pas les couloirs

Marquer au sol tout le trajet d’un flux est coûteux, vite illisible, et rarement utile. Ce qui compte, ce sont les points où le statut change :

  • l’entrée et la sortie d’un sas ou d’une zone à empoussièrement maîtrisé ;
  • les portes qui séparent deux régimes différents ;
  • les locaux de stockage, propre d’un côté, sale de l’autre ;
  • les points de dépose et d’enlèvement, où interviennent des personnes extérieures au service.

À chacun de ces points, la signalétique doit répondre à trois questions dans l’ordre : où suis-je, qu’est-ce qui est autorisé ici, qu’est-ce que je dois faire avant de franchir. Un panneau qui n’énonce qu’une interdiction sans dire ce qu’il faut faire à la place ne règle rien.

Écrire pour ceux qui ne savent pas

Les équipes du service connaissent le circuit ; elles n’ont pas besoin de panneaux. Ceux qui en ont besoin sont précisément ceux qu’on oublie en concevant la signalétique :

  • les remplaçants et intérimaires, qui découvrent les lieux le jour même ;
  • les équipes de nuit, moins nombreuses et souvent sans encadrement immédiat ;
  • les prestataires — nettoyage, maintenance, blanchisserie, restauration — qui interviennent dans plusieurs établissements aux organisations différentes ;
  • les brancardiers et transporteurs qui traversent des services qu’ils ne connaissent pas.

Ce public commande un vocabulaire élémentaire, sans sigle interne, et des consignes formulées en actions plutôt qu’en principes. « Déposer ici, ne pas franchir avec le chariot » vaut mieux que « respect de la marche en avant ».

Le code couleur, et ses conflits

Distinguer les circuits par une couleur est efficace, à condition de vérifier que cette couleur est encore disponible. Un établissement de santé a déjà réservé plusieurs codes :

  • le vert, le rouge, le jaune et le bleu des familles de panneaux de sécurité ;
  • le gradient du zonage radiologique dans les secteurs concernés ;
  • les éventuelles couleurs d’unité déjà employées pour l’orientation.

Reprendre l’une de ces couleurs pour un usage logistique crée une ambiguïté sur un terrain où elle n’est pas acceptable. Deux précautions : inventorier les codes déjà utilisés avant d’en choisir un, et ne jamais faire porter au seul code couleur une information critique — un texte ou un pictogramme doit toujours le doubler, ne serait-ce que pour les personnes qui perçoivent mal les couleurs.

L’organisation des circuits et les exigences applicables à votre établissement relèvent de l’équipe opérationnelle d’hygiène et des référents concernés. La signalétique traduit une organisation ; elle ne la remplace pas.

Vos questions, nos réponses

Que faire si le bâtiment ne permet pas de séparer les circuits ?

On bascule d’une séparation dans l’espace vers une séparation dans le temps : des horaires distincts pour les flux propres et sales, avec une remise en état entre les passages. Cette solution repose entièrement sur le respect d’une procédure, donc sur son affichage aux points de bascule et sur sa connaissance par les intervenants occasionnels. Elle se définit avec l’équipe opérationnelle d’hygiène.

Faut-il marquer les circuits au sol ?

Rarement sur tout le trajet : c’est coûteux, vite dégradé par le nettoyage et peu lisible. L’effort se concentre sur les points où le statut change — sas, portes, locaux de stockage, points de dépose et d’enlèvement. C’est là que se prennent les décisions et que se produisent les erreurs, pas au milieu d’un couloir.

Peut-on utiliser un code couleur pour les circuits ?

Oui, après avoir inventorié les couleurs déjà réservées dans l’établissement : celles des familles de panneaux de sécurité, celles du zonage radiologique le cas échéant, et les éventuelles couleurs d’unité. Et ne faites jamais porter une information critique à la seule couleur : un texte ou un pictogramme doit la doubler, notamment pour les personnes qui distinguent mal les teintes.

Julien Juchereau

Julien Juchereau écrit sur la signalétique des établissements de santé : normes de sécurité, repérage des parcours patients, accessibilité et achat public. Il s’appuie sur les textes en vigueur et les normes applicables pour rendre exploitables des exigences souvent dispersées entre plusieurs réglementations.