Normes et réglementation

Oxygène et IRM : signaliser les zones à risque spécifiques

par

Votre établissement concentre deux dangers que rien ne signale à l’œil nu : un gaz qui attise violemment le feu et un aimant qui ne s’arrête jamais. Cet article détaille les pictogrammes, panneaux et marquages à mettre en place autour des installations d’oxygène et de l’IRM, avec les références vérifiables qui les justifient.

L’essentiel

  • L’oxygène est un gaz comburant : il relève du pictogramme SGH03 du règlement CLP et impose l’interdiction de fumer, de flamme nue et de tout corps gras.
  • L’aimant d’une IRM reste actif 24 h/24, même sans examen en cours : la salle demeure une zone à accès limité en permanence.
  • La ligne des 0,5 mT (5 gauss) est matérialisée au sol autour de l’aimant : les porteurs de stimulateur cardiaque ne doivent pas la franchir.
  • Piège le plus fréquent : croire l’IRM « éteinte » entre deux examens ; l’effet projectile menace à toute heure, nuit et week-end compris.

La signalisation des zones oxygène et IRM désigne l’ensemble des pictogrammes, panneaux et marquages au sol qui préviennent deux risques propres aux établissements de santé : l’incendie aggravé par un gaz comburant et l’attraction d’objets ferromagnétiques par un champ magnétique permanent. Ces deux dangers ont un point commun : ils sont invisibles et permanents, alors que le personnel, les patients et les visiteurs circulent en continu. La signalétique constitue donc la première barrière de prévention, avant même la formation. Les zones soumises aux rayonnements ionisants et le risque biologique relèvent d’une signalétique distincte, que nous traitons dans deux articles dédiés à la radioprotection et au risque biologique.

L’oxygène est un comburant : le pictogramme SGH03 s’impose

L’oxygène ne brûle pas lui-même : il entretient et aggrave violemment la combustion des matières qui l’entourent. Le règlement européen CLP (CE) n° 1272/2008 le classe parmi les gaz comburants, signalés par le pictogramme SGH03 — une flamme au-dessus d’un cercle, en losange à bordure rouge. L’oxygène comprimé cumule ce pictogramme avec le SGH04, qui identifie les gaz sous pression. Ces deux symboles figurent sur l’étiquette des bouteilles ; reprenez-les sur la porte des locaux où le gaz est stocké ou distribué.

Les bouteilles elles-mêmes participent à la signalisation : en application de la norme NF EN 1089-3, les bouteilles de gaz médicaux ont un corps blanc, et l’oxygène se reconnaît à son ogive blanche. Ce repérage visuel normalisé évite les confusions entre gaz au moment de la manutention et du branchement.

Interdiction de fumer et de flamme nue : baliser chaque point d’utilisation

Le résumé des caractéristiques du produit (RCP) de l’oxygène médicinal, consultable sur la base de données publique des médicaments, fixe des consignes sans ambiguïté : ne pas fumer près de la bouteille et du patient, ne pas approcher de flamme ni de source de chaleur, ne jamais graisser ni lubrifier l’appareillage, et ventiler le lieu d’utilisation, notamment dans les locaux exigus. Un lubrifiant classique au contact d’oxygène sous pression peut s’enflammer : l’interdiction des corps gras mérite d’être affichée au même titre que celle du tabac.

Traduisez ces consignes par les pictogrammes normalisés ISO 7010 : P002 (défense de fumer) et P003 (flammes nues interdites) à chaque point d’utilisation et de stockage. En oxygénothérapie, une affichette de porte sur la chambre du patient est une bonne pratique répandue : elle rappelle aux visiteurs, en une ligne, l’interdiction de fumer, de flamme et de corps gras à proximité immédiate du dispositif. Placez-la à hauteur d’yeux, côté couloir.

Stockage des bouteilles : signaler le local et afficher les consignes

Le RCP de l’oxygène médicinal encadre aussi le stockage : les bouteilles sont conservées dans un local réservé aux gaz à usage médical et fermant à clef, protégées des chocs, des chutes, des sources de chaleur et d’ignition ainsi que des températures dépassant 50 °C. Les bouteilles de plus de 5 litres sont maintenues en position verticale et arrimées par un moyen approprié, chaînes ou crochets. On les déplace sans les traîner ni les rouler couchées, et sans jamais les soulever par le robinet.

La porte du local doit porter le pictogramme comburant, l’interdiction de fumer et de flamme nue, et la mention du contenu. À l’intérieur, affichez les consignes de manutention et d’arrimage : un panneau lisible évite qu’un agent de remplacement improvise. Ne stockez jamais ensemble bouteilles pleines non arrimées et matières combustibles : le comburant transforme le moindre départ de feu en incendie majeur.

Prises murales de fluides médicaux : le détrompage est une signalisation

Dans les services équipés d’un réseau de fluides médicaux, la prévention passe aussi par les prises murales. La norme française NF S 90-116 impose des prises et des embouts spécifiques à chaque gaz : dimensions, nombre de détrompeurs et diamètre d’orifice diffèrent, si bien qu’un flexible d’oxygène ne peut pas se brancher sur une prise d’un autre gaz. Chaque prise est en outre identifiée par le nom du gaz et le code couleur correspondant.

Cette signalisation « passive » n’est efficace que si elle reste visible et intacte : ne repeignez jamais une platine de prises, ne masquez pas les marquages par du mobilier et faites remplacer toute étiquette illisible. Lors des travaux, exigez la vérification du repérage avant remise en service — une inversion de fluides est l’un des accidents les plus graves qu’un établissement puisse connaître.

IRM : un aimant qui ne s’éteint jamais

Le champ magnétique statique d’une IRM est produit par une bobine supraconductrice qui reste active même lorsque l’appareil n’est pas en fonctionnement. Le champ est donc présent en permanence dans la salle d’examen — et au-delà, car le blindage ne le confine pas totalement à la pièce. Les intensités courantes atteignent 1,5 à 3 teslas, à comparer aux 50 microteslas du champ magnétique terrestre : l’écart se compte en dizaines de milliers de fois.

Le décret n° 2016-1074 du 3 août 2016, qui transpose la directive 2013/35/UE, protège les travailleurs exposés aux champs électromagnétiques ; ses obligations sont codifiées aux articles R. 4453-1 à R. 4453-34 du Code du travail. Pour l’IRM, l’INRS (fiche ED 4209) préconise de limiter l’accès aux personnes autorisées et de matérialiser au sol la ligne des 0,5 mT (5 gauss) : au-delà de cette ligne, la valeur déclenchant l’action est dépassée pour les porteurs de dispositifs médicaux actifs. Le tracé exact figure dans la documentation technique de l’appareil.

À la porte de l’IRM : interdictions et contrôle systématique

La porte d’accès à la salle concentre la signalétique : le triangle jaune W006 (attention, champ magnétique) de la norme ISO 7010 avertit du danger, et le pictogramme d’interdiction P007 interdit l’accès aux porteurs de stimulateur cardiaque. Complétez-les par l’interdiction d’introduire des objets métalliques et par le rappel des restrictions liées aux implants. L’INRS recommande une signalétique de porte précisant explicitement ces restrictions d’accès.

La raison tient en un mot : projectile. Le champ attire violemment les éléments ferromagnétiques — fer et acier notamment, quand le cuivre et l’aluminium ne le sont pas — et les transforme en projectiles dirigés vers le tunnel. Téléphones, clés, bijoux, ciseaux, bouteilles de gaz ordinaires : tout doit être retiré avant d’entrer, et chaque personne comme chaque matériel doit être contrôlé systématiquement. La salle n’accueille que du matériel amagnétique dédié : lit de patient, fauteuil roulant, potence et bouteille d’oxygène spécifiques. Ce contrôle vaut pour tous, y compris les équipes de ménage et de maintenance intervenant hors horaires d’examen.

Vos questions, nos réponses

Quels pictogrammes apposer sur une bouteille d’oxygène médical ?

Deux pictogrammes du règlement CLP : SGH03, la flamme sur un cercle qui signale un gaz comburant, et SGH04, la bouteille qui signale un gaz sous pression. Ils figurent sur l’étiquette apposée par le fabricant ; votre rôle est de les relayer sur les portes des locaux de stockage et des zones d’utilisation. S’y ajoute le repérage normalisé de la bouteille elle-même : corps blanc des gaz médicaux et ogive blanche propre à l’oxygène, conformément à la norme NF EN 1089-3. Enfin, les interdictions de fumer (P002) et de flamme nue (P003) complètent le dispositif à proximité immédiate.

Peut-on entrer dans une salle d’IRM quand aucun examen n’est en cours ?

Non, pas librement. La bobine supraconductrice qui produit le champ magnétique reste active en permanence, même la nuit, le week-end et pendant les opérations de maintenance : une IRM « à l’arrêt » n’existe pas au sens du risque magnétique. L’accès reste donc réservé aux personnes autorisées, après retrait de tout objet métallique et contrôle systématique. C’est précisément pour les intervenants occasionnels — agents d’entretien, techniciens, secours — que la signalétique de porte doit rester explicite à toute heure : le danger ne se voit pas, ne s’entend pas et ne s’interrompt jamais.

À quoi correspond la ligne des 5 gauss autour d’une IRM ?

C’est la ligne d’isochamp de 0,5 millitesla, soit 5 gauss. Au-delà, la valeur déclenchant l’action fixée pour les porteurs de dispositifs médicaux actifs — stimulateurs cardiaques en tête — est dépassée : ces personnes ne doivent pas la franchir. L’INRS recommande de la matérialiser, généralement par un marquage au sol, en s’appuyant sur la documentation technique de l’appareil qui en précise le tracé. Comme le champ déborde de la salle d’examen, cette ligne peut concerner des locaux voisins : vérifiez-le lors de l’évaluation des risques et adaptez la signalétique des pièces contiguës.

Une affichette est-elle obligatoire sur la porte d’une chambre sous oxygène ?

Aucun texte unique n’impose un modèle d’affichette de porte ; c’est en revanche une bonne pratique largement répandue, directement dérivée des consignes du RCP de l’oxygène médicinal : ne pas fumer près de la bouteille et du patient, ne pas approcher de flamme ni de source de chaleur, ne jamais graisser l’appareillage. L’affichette traduit ces consignes pour les visiteurs, qui ne lisent ni le RCP ni les protocoles internes. Formalisez son usage dans votre protocole d’oxygénothérapie et vérifiez sa pose à chaque mise en place d’un traitement, comme le prévoient vos procédures qualité.

Julien Juchereau

Julien Juchereau écrit sur la signalétique des établissements de santé : normes de sécurité, repérage des parcours patients, accessibilité et achat public. Il s’appuie sur les textes en vigueur et les normes applicables pour rendre exploitables des exigences souvent dispersées entre plusieurs réglementations.