Sécurité incendie

Désenfumage en ERP : principes, commandes et signalisation

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Dans un incendie, ce n’est pas la flamme qui rend l’évacuation impossible, c’est la fumée : elle aveugle, désoriente et intoxique bien avant que le feu n’atteigne les personnes. Le désenfumage existe pour maintenir praticables les chemins que les équipes doivent emprunter — et dans un établissement de soins, ces chemins servent au transfert des patients, pas à leur sortie.

L’essentiel

  • Le désenfumage des ERP est encadré par l’instruction technique n° 246, rattachée au règlement de sécurité issu de l’arrêté du 25 juin 1980.
  • Deux principes : le tirage naturel et le tirage mécanique, ce dernier combinant extraction mécanique et amenées d’air pour balayer le volume.
  • Le déclenchement peut être automatique, mais il doit toujours être doublé d’une commande manuelle.
  • Cette commande manuelle se place au poste de sécurité ou près de l’accès principal du local concerné — donc à un endroit qu’il faut pouvoir trouver.
  • Le déclenchement assure l’ouverture des bouches du volume concerné et l’arrêt des ventilations mécaniques.

À quoi sert le désenfumage

L’objectif n’est pas d’éteindre le feu ni d’évacuer toute la fumée. Il est de maintenir une hauteur d’air praticable dans les circulations et les volumes concernés : extraire les fumées chaudes en partie haute, introduire de l’air en partie basse, et créer ainsi un balayage qui repousse la couche enfumée au-dessus des personnes.

Cette fonction prend un relief particulier dans un établissement de soins. Là où un ERP ordinaire vide les lieux, un établissement de type U organise le transfert horizontal des patients vers une zone protégée voisine. Les circulations ne servent donc pas quelques secondes à une évacuation rapide : elles doivent rester praticables le temps d’un déplacement lent, encadré, parfois avec des lits.

Naturel ou mécanique : deux façons de faire

Le désenfumage peut être réalisé soit par tirage naturel, soit par tirage mécanique.

Le tirage naturel exploite la différence de densité entre les fumées chaudes et l’air : des ouvrants en partie haute évacuent, des amenées d’air en partie basse alimentent. Simple dans son principe, il dépend de la configuration du bâtiment et des conditions extérieures.

Le tirage mécanique est assuré par des extractions mécaniques de fumée, associées à des amenées d’air naturelles ou mécaniques, « disposées de manière à assurer un balayage du volume concerné ». Le mot important est balayage : il ne suffit pas d’extraire, il faut que l’air entre au bon endroit pour que le flux traverse effectivement le volume. Une extraction puissante sans amenée d’air correctement placée ne désenfume pas — elle brasse.

La commande manuelle, exigence à ne pas contourner

Le dispositif de déclenchement peut reposer sur des commandes manuelles ou automatiques. Mais la règle est constante : la commande automatique doit toujours être doublée par une commande manuelle.

Cette commande manuelle peut être mécanique, électrique, pneumatique, hydraulique, ou faire appel directement à l’énergie de l’intervenant. Elle doit intéresser le niveau ou le volume sinistré — et non l’ensemble du bâtiment indistinctement.

Son emplacement est encadré : au poste de sécurité, ou près de l’accès principal du local concerné. Enfin, le déclenchement doit produire deux effets simultanés : l’ouverture des bouches dans le volume concerné, et l’arrêt des ventilations mécaniques — une ventilation qui continuerait de fonctionner ruinerait le balayage recherché.

Le point aveugle : une commande qu’on ne trouve pas

Un dispositif conforme mais introuvable équivaut à un dispositif absent. C’est le seul aspect du désenfumage qui relève directement de la signalétique, et c’est celui qu’on néglige :

  • Le repérage des commandes doit rester valable pour un agent qui ne travaille pas habituellement dans le service — remplaçant, intérimaire, équipe de nuit.
  • Rien ne doit masquer la commande. Un meuble déplacé, un panneau d’affichage ajouté, un brancard stationné : la conformité se perd en exploitation, pas à la réception.
  • Les plans d’intervention doivent situer les commandes et le découpage des volumes désenfumés, en cohérence avec les zones protégées.
  • Toute modification de cloisonnement change le volume concerné — et périme donc l’implantation initiale autant que les plans affichés.

Sur les seuils de surface déclenchant l’obligation, le dimensionnement des extractions et les cas particuliers, les valeurs dépendent du type de local, de sa situation — sous-sol, local aveugle — et de la version du texte applicable. Ces paramètres se vérifient dans l’instruction technique en vigueur, avec l’appui d’un bureau de contrôle : ce sont des calculs, pas des ordres de grandeur à mémoriser.

Vos questions, nos réponses

Une commande automatique suffit-elle ?

Non. La règle est explicite : la commande automatique doit toujours être doublée par une commande manuelle. L’automatisme peut défaillir, être déclenché trop tard, ou ne pas correspondre au volume réellement sinistré ; la commande manuelle garantit qu’un intervenant peut agir sur le niveau ou le volume concerné. Elle se place au poste de sécurité ou près de l’accès principal du local.

Pourquoi faut-il arrêter la ventilation en cas de désenfumage ?

Parce que le désenfumage repose sur un balayage organisé : extraction en partie haute, amenée d’air en partie basse. Une ventilation mécanique qui continue de fonctionner introduit des flux d’air concurrents, brasse la couche de fumée au lieu de la maintenir en hauteur, et peut la propager vers des volumes indemnes. C’est pourquoi le déclenchement doit assurer, dans le même geste, l’ouverture des bouches et l’arrêt des ventilations mécaniques.

Quelle différence entre désenfumage naturel et mécanique ?

Le naturel utilise la poussée thermique des fumées : elles montent et s’évacuent par des ouvrants en partie haute, tandis que l’air entre en partie basse. Le mécanique fait appel à des extractions motorisées, associées à des amenées d’air naturelles ou mécaniques disposées pour balayer le volume. Le choix dépend de la configuration du bâtiment ; dans les deux cas, c’est la position relative de l’extraction et de l’amenée d’air qui détermine l’efficacité, pas la seule puissance.

Que vérifier lors d’un réaménagement de service ?

Trois points. Que les commandes manuelles restent accessibles et visibles, sans mobilier ni affichage qui les masque. Que le découpage des volumes désenfumés corresponde toujours au cloisonnement réel après travaux. Et que les plans d’intervention aient été mis à jour en conséquence. Ces vérifications se planifient pendant le chantier : les découvrir lors du passage de la commission de sécurité coûte beaucoup plus cher.

Julien Juchereau

Julien Juchereau écrit sur la signalétique des établissements de santé : normes de sécurité, repérage des parcours patients, accessibilité et achat public. Il s’appuie sur les textes en vigueur et les normes applicables pour rendre exploitables des exigences souvent dispersées entre plusieurs réglementations.